L’astronome

L’astronome

Dans la Florence des Médicis, au début du XVIIe siècle, François, un jeune astronome parisien, rêveur et velléitaire, entre au service de Galilée. Il découvre un homme de génie, en lutte contre l’obscurantisme, contre sa propre souffrance, et qui porte au coeur une blessure secrète: cédant aux pressions de son entourage, il a quitté la femme qu’il aimait…
Au même moment, Fakhreddine II, le prince du Liban, s’exile en Toscane. François, qui assiste à la rencontre du savant et de l’émir, tombe amoureux d’une proche de ce dernier, une jeune fille d’une grande beauté, Najla. Leur amour est sans espoir. Mais François s’obstine: réussira-t-il là où son Maître a échoué?
Pendant ce temps, d’invisibles comploteurs se préparent à mettre la main sur le celatone, l’une des inventions les plus originales de Galilée. Pour déjouer leurs intrigues, François décide de passer à l’action…
Au lendemain du fameux procès de Galilée, le jeune homme rassemble ses souvenirs pour raconter son expérience fabuleuse.

L’astronome,éd. Grasset, 1997, 271 p., 115 FF.
Traduit en arabe (Dar An Nahar), en allemand ,en turc et en roumain.

En vente sur

"Un ouvrage parfaitement maîtrisé."

Le Commerce du Levant (Liban)

"Un roman d'amour et d'aventure sur fond d'histoire, qui tient le lecteur en haleine du début à la fin."

L'Orient-Le Jour (Liban)

"Un livre remarquable."

Jean Cazeneuve De l'Académie des Sciences morales et politiques.

"L'Astronome est un ouvrage qui se traverse comme un feuilleton d'aventures où l'on n'aurait pas oublié d'intégrer de l'intelligence."

Le Soir (Belgique)

"Un roman très fin!"

Le Journal du Dimanche

"Les passionnés de l'histoire se délecteront en lisant "L'Astronome" d'Alexandre Najjar. Ce jeune écrivain présente un livre exemplaire sur plusieurs points. Entre le roman d'amour, l'intrigue historique et la narration, on dévore les pages pour plonger avec délices dans la Florence des Médicis au début du XIIe siècle."

L'Echo Républicain - 3 août 1997

"Histoire, aventures, intrigues, amour, science: voici les ingrédients de ce roman dont l'action est habilement et efficacement menée. Alexandre Najjar s'est bien documenté sur les travaux de Galilée et sur la société toscane. Lui-même libanais, il décrit avec justesse et émotion la lutte des libanais pour la liberté. "L'Astronome" s'inscrit dans le sillage du roman historique méditerranéen, dont un autre romancier libanais, Amin Maalouf a donné de célèbres illustrations avec "Léon l'Africain" et "Le Rocher de Tanios". Najjar est à l'aise dans ce monde qui aspire à l'harmonie, à l'entente, à la convivialité et à l'amour et qui, malheureusement, fait perpétuellement face aux fanatismes, à la cupidité et à l'appétit du pouvoir. Il l'évoque dans un style sobre qui, néamoins, ne manque pas de force. Certains lecteurs, à n'en pas douter, peuvent déceler, dans ces conflits d'un temps révolu, des rappels de ceux d'aujourd'hui. Cela ne fera qu'ajouter une dimension supplémentaire à leur plaisir."

Le Devoir (Montréal) - 10 janvier 1998

"L'Astronome n'est pas seulement un éloge du génie opprimé par l'obscurantisme, c'est un roman d'aventures à cavalcades et rebondissements, très bien agencé et documenté, qui relie la ville des Médicis au Liban de Frakhr al-Din II."

Valeurs Actuelles (Eric Deschodt).

"Un roman d'initiation à la simplicité belle et limpide."

Nord Eclair - 28 août 1997

"Une audace et une fraîcheur revigorantes."

Kiosque - Novembre 1997

"L'auteur de l'Astronome voyage dans l'Histoire, mais sans jamais quitter tout à fait son pays auquel il voue un amour indéfectible."

Le Magazine littéraire

"L’Astronome a permis de confirmer le talent de cet écrivain considéré comme l'un des espoirs de l'écriture française au Levant."

France Inter

L'absence est comme l'espace céleste: un vide infini noyé dans le silence. Mais il y a les étoiles. Elles scintillent dans le noir, un peu comme les eaux de l'Arno à la tombée du jour. Ces astres sont peut-être des débris de planètes désintégrées, des fragments de paradis perdus: ils ressemblent aux souvenirs.

L'espace céleste... J'ai passé ma jeunesse tout entière à l'explorer, à tâcher de percer ses mystères. Des nuits durant, l'oeil collé à la lunette de mon Maître, le regard braqué sur l'empyrée. Fouiller le ciel? Qui suis-je, moi, pour fouiller le ciel? Et d'abord.. m'en a-t-on seulement donné le droit? Assis, le dos voûté, la main crispée sur l'instrument, la pupille dilatée, je suis pareil à un braconnier qui chasse sur un territoire défendu, pareil à un voyeur qui lorgne la nudité d'une femme trop belle. Quand un astre nouveau s'offre à mes yeux et que je rapporte son apparition sur le registre ouvert devant moi, j'éprouve un étrange sentiment, un sentiment voisin de la honte, mais qui n'est pas la honte parce que le regret en est toujours absent.

L'espace céleste ne m'appartient pas. Si je l'observe encore aujourd'hui, ce n'est pas pour faire avancer la science - j'ai perdu les illusions qui berçaient ma jeunesse et la présomption de mes débuts, celle qui me faisait croire que mes travaux changeraient la face des choses ou modifieraient l'entendement des hommes-, c'est pour partager avec celle qui est partie ce qui continue de nous réunir: la lune, le soleil, les étoiles. Là-bas, à des lieues d'ici, elle pointe son doigt vers les astres que je vois; la même lumière qui m'éblouit frise les contours de son corps, irise son paysage, colore ses montagnes; ce même clair de lune baigne son pays de sa lueur bleutée. Nous n'avons presque plus rien en commun: ni le même vent, ni les mêmes sons, ni les mêmes senteurs. Nous avons le ciel. Et c'est tout.

Au milieu de ce jardin, je me suis assis pour penser à elle. Je tends ma main vers le cèdre qui me fait face. Je suis revenu le contempler. Je ressemble à ces veuves recueillies devant le portrait de celui qu'elles ont aimé: leurs doigts se promènent sur l'encadrement, effleurent la toile et, sans toucher la peinture de peur d'user le tableau, retracent pendant de longs moments les traits d'un visage encore familier. Ici, en Toscane, il y a des oliviers, des chênes, des cyprès, des pins parasols... Et puis, il y a ce cèdre, ce cèdre qui porte le nom d'un pays situé là où la mer s'arrête... Pourquoi, au fait, s'arrête-t-elle là bas? Pourquoi rebrousse-t-elle chemin après avoir caressé le rivage du Liban? Est-ce dans cette contrée que tout a commencé et que tout doit finir? Mais je m'égare! La vue de ce cèdre, avec son tronc gris garni d'écailles, ses branches étalées, robustes comme des bras cordés de muscles, son sommet aplati, sa parure formée de fines guirlandes vert sombre... la vue de ce cèdre qui a fait dire au prophète Ezéchiel qu' "aucun arbre dans le jardin de Dieu ne lui ressemblait en beauté" me transporte toujours hors du réel.

Je me suis agenouillé. Mes ongles griffent la terre. Je sens, je palpe les racines qui ancrent ce conifère dans le sol. Rien n'arrachera cet arbre. Il est chargé de souvenirs, comme une vigne de grappes, comme une grappe de grains, comme un grain de suc. Cet arbre m'appartient. Il appartient à mon passé, à mon présent, à mon avenir.

Mon arbre m'apprend à combattre l'oubli.

Son poing se crispa.

- J'ai fait tout ce que j'ai pu pour leur tenir tête: j'ai construit des forteresses, bâti une armée de mercenaires, encouragé les arts...

Mon Maître l'interrompit:
- A quoi bon développer les arts dans un pays occupé?
- Un pays ne meurt pas quand il est occupé: c'est quand sa culture disparaît qu'il meurt vraiment!
Il réfléchit un moment, puis ajouta d'un ton sévère:
- Dans un pays occupé, il n'est pire que l'accoutumance. L'accoutumance, c'est quand on prend le pli de l'occupation; quand les débordements de l'occupant deviennent acceptables par ce qu'on en a pris l'habitude; c'est quand on te dit: "Deir-el-Kamar a été saccagée" et que tu songes avec nostalgie: "Tiens, Deir-el-Kamar. Qu'elle était belle au lever du jour!" Le fatalisme et le regrets n'ont jamais libéré un pays!
- Mais vous êtes à un contre mille! objecta Galilée.
- La liberté se nourrit de patience et d'espoir. Elle est comme l'eau: elle finit par rouiller la lame la plus aiguisée et ronge le rocher le plus résistant. Il faut quelquefois dormir longtemps et rêver sans discontinuer qu'on est libre, avant de se réveiller et de découvrir que la liberté est là et que le rêve s'est réalisé!
Il se tut un moment, pianota de la main gauche sur la table, puis reprit:
- Vous autres, astronomes, vous n'avez rien à craindre. Le ciel est votre royaume. Nul ne peut vous l'arracher, nul ne peut vous destituer ou vous bannir de ce royaume! Qui peut vous empêcher de contempler le firmament, de parler aux étoiles, de courtiser la lune?
- C'est vrai, admit Galilée. Nous régnons sur le ciel, et notre royaume est infini. La Mort elle-même ne peut rien contre nous: au lieu de nous éloigner de ce royaume, elle nous en rapproche davantage!