Le Roman de Beyrouth Par Edmonde Charles-Roux De l’Académie Goncourt

Le Roman de Beyrouth Par Edmonde Charles-Roux De l’Académie Goncourt

Alexandre Najjar est un écrivain libanais, né à Beyrouth en 1967. Jeune donc, et francophone. Un auteur traduit dans une douzaine de langues et ayant beaucoup publié. Dix-huit titres environ, parmi lesquels des romans mais aussi des biographies, des récits historiques, des poèmes et même un savant ouvrage juridique, ce qui n’étonne pas venant d’un ancien étudiant en droit de l’Université de Paris, devenu avocat en sa ville natale, mais surprendra ceux qui, comme moi, connurent le jeune romancier à ses débuts lorsqu’il reçut sa première bourse littéraire, décernée par la Fondation Hachette, en 1990. Que de chemin parcouru depuis…

Avec le Roman de Beyrouth, Alexandre Najjar nous offre une saga familiale où se mêlent le destin d’une ville et celui d’une famille libanaise dont l’histoire se déploie sur trois générations. Ainsi s’enchevêtrent la grande et la petite histoire, les figures historiques du passé et celles du Liban d’aujourd’hui, personnages réels ou fictifs de toutes conditions.

Tout commence, tout se passe et se conclut sur cette place des Canons, appelée aussi place des Martyrs et aujourd’hui rebaptisée place de la Liberté, cœur mythique de la ville et centre névralgique du récit.

Un narrateur de 80 ans, menacé de cécité – il est le dernier survivant des petits-fils de Roukoz – le montagnard – raconte le siècle. Ses 60 ans de journalisme à l’Orient Le Jour – quotidien francophone ressuscité par le grand Edouard Saab – lui permettent de retracer l’histoire des siens. Celle de son aïeul, d’abord, Roukoz, né en 1825 dans la montagne, au cœur du pays maronite et qui le quitta pour faire carrière à Beyrouth et mener, croyait-il, la vie paisible d’un petit fonctionnaire. Roukoz parlait un français parfait que lui avaient enseigné les pères lazaristes. Il devint « drogman » au consulat de France. Jusqu’au jour où les atrocités perpétrées par les féodaux dans son village natal le révoltent au point de faire de lui un très actif soutien de la fronde paysanne. Il assiste à la proclamation de la Première République en Orient, au débarquement des troupes de Napoléon, 8000 soldats français envoyés sur le mont Liban « pour faire entrer dans l’obéissance des sujets aveuglés par le fanatisme ».

Des deux fils de Roukoz, l’un retourne à la terre tandis que l’autre, Elias – père du narrateur –devient un médecin de très grande réputation. Il s’installe place des Canons où il ouvre une clinique dont l’adresse est belle : c’est celle de l’immeuble Sarkis où l’on vivait « toutes confessions confondues ». Les occupants étaient donc Elias et les siens, maronites, leurs voisins, avocats sunnites, un ménage de commerçants israélites, un musicien arménien et un concierge égyptien, symbolisant ensemble, et à leur façon, la multiplicité religieuse et cosmopolite de la ville. Il vit son métier comme un apostolat. Mais, comme cela fut le cas avec l’aïeul, Elias se trouvera mêlé à un mouvement politique lorsque se manifesteront les premiers opposants au Mandat français. Lorsque Elias meurt, il a droit à des funérailles nationales. Mais, sachez-le, il n’est qu’un personnage de ce roman foisonnant, un seul personnage parmi beaucoup d’autres Et le livre qui nous occupe conduit bien au-delà de sa mort. Alors que les soldats israéliens quittent la ville, c’est en l’an 2000 après bien des guerres et de multiples soubresauts, que le narrateur se tait et regarde Beyrouth pour la dernière fois. Une fresque émouvante ressuscite une ville, souvent livrée au fanatisme et à la violence.

Une lecture d’une indéniable actualité maintenant que se sont ouvertes au Liban des élections libres.

 

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