Article paru dans “Le Populaire du Centre” le 15 septembre 2006 au sujet du “Silence du Ténor”

Article paru dans “Le Populaire du Centre” le 15 septembre 2006 au sujet du “Silence du Ténor”

Alexandre Najjar : la gloire du père

Alexandre Najjar avait 8 ans en 1975 lorsque le fracas de la guerre a transi le Liban avant d’emporter son fragile équilibre. Quinze ans plus tard, la raison reprenait enfin le dessus au milieu des ruines, de flots de sang si monstrueusement versé, et d’enfances sacrifiées. Dans ”L’école de la guerre”, publié en 1999, sorti depuis en poche, le jeune et prometteur auteur, vite considéré comme l’une des meilleures plumes francophones, revient avec émotion sur son enfance fracassée ; un fabuleux témoignage d’espérance et de foi dans la vie. Un livre où la pudeur, l’humour et le caractère, dont savent si incroyablement témoigner les Libanais dans les pires épreuves, éclatent avec brio.

Vivre, la meilleure façon de résister

Sept ans plus tard, Alexandre Najjar signe ”Le silence du ténor”, un récit d’amour pour un père tant aimé qui a donné à ses six enfants quelques merveilleuses leçons de vie, d’espoir dans l’avenir, de confiance en soi. Alors que le voile de guerre menaçait chaque jour Beyrouth, ce ténor du barreau libanais ne désespérait jamais. Dans une succession de chapitres courts et denses, l’auteur dresse le portrait d’une famille heureuse malgré les épreuves, où alternent les passages cocasses (le pari de l’ami qui veut maigrir ou celui des enfants Najjar qui se cachent la nuit pour regarder des cassettes vidéos de films interdits par le père), tendres (relisez la superbe lettre qu’Alexandre, réfugié à Paris pour cause de guerre, envoie à son père), ou tragiques (les destructions, les exils). De ce héros familial, père sur le tard, personnage romanesque par excellence, Alexandre Najjar dresse un portrait saisissant. Le titre évoque l’accident cardiovasculaire du père qui laisse muet cet homme connu dans le pays tout entier pour ses extraordinaires plaidoiries.
Alexandre Najjar a rajouté un chapitre à son livre qui s’achevait initialement par une belle note d’espoir avec le grand rassemblement des Libanais, place des Martyrs, le 14 mars 2005. Il ne savait pas qu’il devrait y apporter un texte court sur les événements de l’été dernier : « En riposte à une provocation du Hezbollah, Tsahal a opté pour l’escalade : aéroports, ponts, ports… sont pris pour cible par l’aviation israélienne. Le Liban connaîtra t-il à jamais le repos ? »… Dans la famille Najjar, le désespoir n’a pas sa place. Au lieu de fuir, on reste et l’on continue à construire, parce que continuer à vivre est la meilleure façon de résister aux affres de l’Histoire.
Derrière ce récit dense, Alexandre Najjar livre une leçon de vie, et l’histoire d’amour qui le lie à son père est aussi forte que celle qui l’unit à son pays et à tous ceux qui y vivent.

Alexandre Najjar : ”Le silence du ténor” (Plon, 128 pages, 13 €).